#EvalStories 2: Tumekataa kula mavi tena! Nous refusons de manger de la merde ! #Eval

Les évaluations qui font la différence est une collection de 8 histoires d’évaluation à travers le monde, qui est l’une des premiers aspects de recherche systématique des facteurs qui contribuent à des évaluations de qualité supérieure qui sont utilisées par les parties prenantes pour améliorer les programmes et la vie des personnes. Cette initiative recueille des histoires au sujet Les évaluations qui ont fait une différence, non seulement du point de vue des évaluateurs, mais aussi des commissionnaires et des utilisateurs. Les histoires dans cette collection présentent des études de cas très intéressantes à propos des résultats d’une évaluation et les procédés par lesquelles les évaluations ont contribué à l’impact des programmes. Le rapport contenant toutes les histoires avec études de cas est disponible ici, en Anglais, Espagnol et en Français.



Captura de pantalla 2016-04-16 a las 10.48.22 a.m.Parmi les 7 milliards d’habitants que compte la planète, seulement 4,5 milliards ont accès à des toilettes ou à des latrines. Le reste – 2,5 milliards -, dont la plupart vivent dans les zones rurales, manquent d’assainissement adéquat. Et rien ne propage les maladies aussi vite que la défécation en plein air. En effet, l’objectif du Millénaire pour le développement numéro 7 est de réduire de moitié la population de personnes vivant sans installations sanitaires adéquates. D’où l’idée de la Journée mondiale des toilettes qui se tient le 19 novembre de chaque année.

Remontons quelques années en arrière à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes de 2011. Nous sommes à Murihi wa bibi, un village situé dans les montagnes du comté de Kwale, le long de la bande côtière à basse altitude du Kenya.

Des petits enfants essayent d’attraper des coqs qui dans quelques heures feront partie du repas des célébrations. Il y a de l’excitation dans l’air. Pourquoi les villageois de Murihi wa bibi sont-ils en fête ? Ils sont tout simplement contents et manifestent leur joie parce qu’il n’y a plus de tas d’excréments humains dans les buissons. Convaincue que la vieille tradition, qui consistait à déféquer dans la brousse, ne peut plus être tolérée, cette communauté a atteint un nouveau degré de liberté : se mettre à l’abri de la maladie.


Cette pratique devait cesser ; elle ne pouvait plus continuer. Du moins, pas avec des champions comme Kingi Mapenzi, Peter Mwambaka et Josephine Mbith, qui sont passés d’un ménage à un autre pour sensibiliser les résidents sur la nécessité d’arrêter de manger de la merde, pratique qui se résume à ce qui suit : déféquer en plein air
dans les zones d’habitations et agricoles. Kingi et Mbith
sont des agents de santé communautaire locaux, tandis que Mwambaka est l’administrateur municipal. Tous les trois font partie du réseau de bénévoles locaux qui travaillent sans relâche pour convaincre les villageois d’arrêter de déféquer en plein air.

Toutefois, ils ne sont pas les premiers à entreprendre cette démarche. L’assainissement a longtemps été reconnu comme un grave problème de santé au Kenya. Pendant des années, des douzaines d’organisations locales et internationales se sont attaquées sur plusieurs fronts au fléau de la défécation en plein air. Les résultats ont été variables mais, le plus souvent, les difficultés auxquelles se sont heurtées ces organisations ont eu raison de leurs bonnes intentions.

Réalisant que la tâche était tout simplement au-delà de la portée d’une seule organisation, un certain nombre de personnes soucieuses ont décidé de mettre en commun leurs efforts et, surtout, de se positionner comme des partenaires des communautés cibles et non comme des dirigeants. L’idée était d’influencer dans l’ombre, en laissant les communautés guider elles-mêmes les initiatives visant à résoudre leur problème commun.Captura de pantalla 2016-04-16 a las 10.46.24 a.m.

Dix de ces personnes soucieuses ont décidé de se faire appeler la Health Advocates Alliance (Alliance pour les défenseurs de la santé). Elles se sont enregistrées en tant qu’entité juridique auprès du gouvernement, toutefois l’idée était depuis le début d’éviter toute image de marque et la notoriété. Le concept était le suivant : Pour résoudre les problèmes d’assainissement, les solutions doivent venir de l’interieur et non pas de l’extérieur. Après tout, les villageois ne se soucient pas des noms des organisations. Pour souligner le rôle primordial de la communauté dans cette entreprise, l’alliance a adopté le terme assainissement total piloté par la communauté (ATPC), inspiré d’un projet du Bangladesh où l’ATPC s’était avéré efficace dans la lutte contre la défécation en plein air.

L’Alliance collecte des fonds auprès de ses 10 principaux membres. Ces personnes sont des employés réguliers de diverses organisations et agences. Bien que leur expertise varie de l’évaluation et du suivi à l’épidémiologie, le dénominateur commun reste la santé communautaire. Agissant à titre individuel, chacun des 10 membres offre des services de conseil rémunérés qui leur permettent d’allouer du temps bénévole et du financement aux activités de l’Alliance. Et puisqu’ils travaillent par l’entremise de groupes communautaires, les coûts sont minimes.

Tout a commencé en 2007. Une ONG internationale avait lancé le projet dans le village Jaribuni à Kilifi, un comté voisin au nord de Mombasa. Au cours de la réunion de lancement, un animateur qualifié, utilisant diverses méthodologies participatives, a amené les villageois à saisir les conséquences néfastes de la défécation en plein air. Les résidents de Jaribuni ont unanimement décidé de mettre un frein à cette pratique par la construction et l’utilisation des latrines, cela dans le cadre d’une campagne à durée déterminée qui a été menée par un comité local. Ils se sont donnés 90 jours pour que tout le monde dans le village utilise des latrines et le comité local de suivi s’est chargé de documenter les progrès. Seulement 67 jours après la réunion de lancement, le village a atteint l’objectif Zéro défécation en plein air (Open Defecation Free, ODF). Pour mettre en valeur cette réalisation, les résidents et les bénévoles ont organisé une petite cérémonie. Ils ont invité les autorités sanitaires locales, qui ont été extrêmement impressionnées par la simplicité de l’approche basée sur l’autonomisation : permettre aux communautés d’analyser leur propre profil d’assainissement et ainsi prendre des décisions fondées sur le constat qu’ils mangeaient littéralement de la merde à cause de la défécation en plein air. Et tous crièrent à l’unisson : Tumekataa kula mavi tena! (« Nous refusons de manger de la merde ! » en swahili).

Captura de pantalla 2016-04-16 a las 10.46.43 a.m.À mesure que le mouvement ATPC se propageait à travers le Kenya, en particulier dans la région côtière, les communautés restaient à l’avant-garde de l’action. Ce n’est qu’ainsi que les choses fonctionnent. Des agents communautaires passionnés comme Kingi, Mbith et Mwambaka, qui effectuaient inlassablement un suivi des activités au quotidien, ont été l’étincelle qui a démarré le processus. Mais ils savaient que pour atteindre l’objectif d’assainissement total, la communauté devait véritablement adhérer à l’idée . En expliquant pourquoi l’objectif « Zéro défécation en plein air » était nécessaire, ils t fournissaient l’élément déclencheur. Mais une fois que le moteur s’était mis en marche avec la communauté aux commandes, leur travail était désormais restreint au suivi.

Le suivi est essentiel lorsqu’un village engagé vise l’objectif « Zéro défécation en plein air ». C’est une leçon que les pratiquants de l’ATPC dans les comtés de Kwale et Kilifi ont apprise à leurs dépens. Au début, ils pensaient que le simple fait qu’un village soit poussé à l’action lui conférait automatiquement le statut de « Zéro défécation en plein air ». Avec le temps, l’importance du suivi, et notamment les comités de suivi, a été reconnue. Les employés des ONG ont conçu des outils de suivi que les comités pourraient utiliser pour évaluer les progrès et identifier les ménages qui requièrent une attention particulière.

Grâce à ce processus, les ménages dirigées par les femmes et ceux avec des personnes très âgées ou des personnes vivant avec un handicap ont été identifiés. Dans de nombreux endroits, les comités de suivi ont mobilisé les jeunes pour qu’ils participent à la construction des toilettes pour les ménages abritant des personnes à faible mobilité. Pour les ménages qui n’avaient pas les moyens d’acheter des matériaux de construction, le comité a contacté des autorités forestières avec les données montrant le progrès pour montrer que ces quelques ménages avaient besoin d’un soutien spécial pour accéder à des matériaux de construction comme le bois. Les succès qu’ils ont engrangés dans cette entreprise sont tout simplement incroyables. Jamais auparavant ce corps du gouvernement n’avait accordé de permission à quiconque pour avoir accès au bois. Voilà le résultat obtenu lorsque des données sont confiées à des membres dynamiques de la communauté!

Une fois qu’un village obtenait le statut de « Zéro défécation en plein air », les résidents, pour manifester leur joie au regard de ce qu’il avait accompli, érigeaient des panneaux afin de brandir leur réalisation aux yeux du monde entier et de faire comprendre aux visiteurs que la défécation en plein air n’est plus tolérée sur leur territoire.

Captura de pantalla 2016-04-18 a las 7.08.53 p.m.Cela a même suscité une certaine concurrence entre les villages. Pour se surpasser les uns les autres, ils n’ont pas cessé de mettre la barre de plus en plus haute. Ils ont souligné que les indicateurs de suivi mis en place par des experts en matière de promotion de l’hygiène n’étaient pas assez complets pour empêcher véritablement les résidents de manger de la merde. De leur point de vue, la construction et l’utilisation de latrines seules étaient insuffisantes. Une communauté a fabriqué des couvercles pour empêcher les mouches de se reproduire dans les fosses. Une autre communauté a introduit des systèmes de lavage des mains avec du savon ou de la cendre à côté des latrines, pour s’assurer que les utilisateurs n’oublient pas de se laver les mains. Les villages rivaux ont insisté pour que des participants soient affectés dans les missions de vérification pour inspecter les communautés et s’assurer qu’elles obtiennent le statut « Zéro défécation en plein air ». Ils ont même visité les buissons précédemment utilisés pour la défécation en plein air pour s’assurer qu’ils étaient maintenant exempts de matières fécales. Dans un autre cas, où l’on a établi que tous les ménages de Penda Nguo, un village situé dans le comté de Kilifi, avaient des latrines, les experts en matière d’assainissement et de promotion de l’hygiène ont conjointement décidé de conférer un statut de « Zéro défécation en plein air » au village. Mais lorsqu’un membre de la commission d’un village rival a découvert un tas de matières fécales fraîches dans la brousse, le comité est resté impuissant face à cette situation. Les villageois de Penda Kula ont finalement décidé de mettre une latrine publique et leur village a finalement obtenu le statut de « Zéro défécation en plein air » lorsqu’aucun signe de matières fécales fraîches n’était plus visible. Des personnes complaisantes n’agiraient pas ainsi.

Sans la participation active des communautés dans le suivi de l’assainissement total, le travail acharné et le dévouement des agents de santé n’auraient abouti qu’à des corps épuisés et à la désillusion.

Captura de pantalla 2016-04-18 a las 7.08.38 p.m.Ce qui nous ramène à la Journée mondiale des toilettes de 2011. Au total, sept villages du comté de Kwale ont convenu de se rencontrer à Murihi wa bibi pour célébrer leur réussite collective. C’était la première fois qu’un si grand nombre de villages se réunissait pour organiser une telle célébration. Les agents de l’ATPC la décrivent comme étant un « bruit stratégique ». Quand un village, ou encore sept villages dans le cas présent, se réunissent pour officialiser leur refus de manger de la merde, leurs voisins n’ont d’autre choix que de faire de même : venir et entendre parler des réalisations et se joindre au bruit stratégique de célébration.

Captura de pantalla 2016-04-18 a las 7.15.55 p.m.Ils n’ont pas manqué d’inviter le directeur régional de la santé pour qu’il soit témoin de la joie qu’ils ont éprouvée à dire non aux conditions de vie insalubres. Le bruit stratégique comprend des témoignages de villageois. Mzee Hamadi se rappelle comment le fait de s’accroupir dans la brousse lui a volé sa dignité. Il n’en pouvait plus de la peur de marcher sur les serpents dans la nuit et de la difficulté à trouver un endroit sec dans l’herbe pendant la saison des pluies. Lorsque le mouvement s’est répandu dans son village, il était plus que ravi de le rejoindre et d’arrêter de déféquer en plein air.

Captura de pantalla 2016-04-16 a las 10.47.03 a.m.Son voisin, Yusuf Ali, raconte une tout autre histoire. « Au début », dit-il « je n’étais pas si heureux. Je ne voyais pas l’importance de gaspiller des efforts et des ressources pourconstruire une maison pour de la merde ». Cependant, sa femme a remarqué que Fatuma, leur fillette de 2 ans, qui souffrait de diarrhée chronique avant que Yusuf ne décide à contrecœur de construire la latrine familiale, était désormais active et en pleine santé. Depuis les 3 derniers mois, informe-t-elle l’assemblée enthousiaste, Fatuma n’a pas eu de diarrhée. Même les agents de santé du dispensaire de Mazumalume affirment qu’elle leur manque parce qu’elle ne les rend plus visite. Siku hizi, twaenda hospitali kwa chanjo za kakake mdogo. (« Aujourd’hui, nous ne nous rendons à la clinique que pour effectuer les vaccins du petit frère de Fatuma. »)

La cérémonie s’est achevée avec la remise de certificats au comité de suivi dont l’engagement est demeuré constant. Exprimant son enthousiasme, Kingi s’exclame : « Même mes villages les plus récalcitrants ont enfin le statut de « Zéro défécation en plein air » ! »

En sa qualité d’agent de santé communautaire itinérant, il sait que son énergie sera mise à rude épreuve alors que son équipe et lui entendent lancer le projet à Katangini, un village de l’autre côté de la colline. Mais pour l’instant, il peut se détendre et profiter d’un somptueux plat de pilaf et de ragoût de poulet. Vous rappelez-vous des coqs ?

Ce festin est bien mérité. Et quoi de plus ? Contrairement aux 2 dernières années où Kingi devait se rendre au comté voisin, la célébration de la Journée mondiale des toilettes de cette année se passe ici dans son village. Quel honneur, quelle excellente manière d’achever une année couronnée de succès, et d’espérer des lendemains encore meilleurs !
Captura de pantalla 2016-04-16 a las 10.48.04 a.m.

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Redempta Muendo, Agent de santé publique du comté de Kwale

Haron Njiru, Directeur de programme, HEADS Alliance

Auteurs du récit : Njoroge Kamau et Eric McGaw

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Filed under Evaluation Stories, Evaluations that make a difference

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